Sport d'hiver, la face cachée des vêtements techniques




Si vous aimez la Nature et les sports d'extérieur, vous serez très certainement déçu(e) d'apprendre la nouvelle qui va suivre. Vous êtes peut être satisfait d'être bien équipé(e) avec quelques vêtements imperméables et déperlants ou, vous pensez à vous équiper, voici ce que ne vous ont pas dit les les grandes marques de sport : la fabrication des membranes imperméables-respirantes cause un vrai problème environnemental.


Ces technologies très efficace qui permettent à l'eau de pluie de ruisseler sur les vêtements sont issues du pétrole et sont les mêmes que celles que nous avons pris l'habitude de fuir dans nos casseroles et qui permettent l'art de la glisse des oeufs dans la poêle : les fameux PFC (PerFluoroCarbure) : PFOS (interdit en UE), le PFOA (en cours d'interdiction), le PTFE ou Teflon (avantageusement remplacé par la céramique)


Dans la grande famille des PFC nous trouvons les molécules à chaine courte (inférieur à 6 atomes de carbone ) et les molécules à chaine longue (supérieur à 8 atomes de carbone). Ces dernières sont en cours d'interdiction et de retrait progressif en Europe et dans le monde à cause de leur dangerosité pour la santé. Petites ou grandes, ces molécules n'existent pas à l'état naturel, et comme le suggère Pierre Barbez, spécialiste du ski et militant écologique, "ça aurait peut-être dû nous mettre la puce à l’oreille ! " Si la nature fait bien les choses, l'inverse n'est pas forcément vrai...



Les études de Greenpeace :des composés perfluorés jusque dans le sang des ours polaires



C'est Greenpeace qui en 2015 a alerté sur la persistance des composés perfluorés dans l'environnement. Solubles dans l'eau et extrêmement volatiles, les équipes de chercheurs de l'expédition, "FootPrint in the snow” ' les ont retrouvés dans les montagnes des quatre coins du globe, jusque dans les chaines de l'Altaï en Sibérie, jusque dans les contre forts du Chili ou de la Turquie. On estime qu'il faudra plusieurs milliers d'années pour qu'ils se dégradent.

Ces composés sont également bioaccumulatifs, c'est à dire qu'ils se retrouvent dans les organismes de tous les animaux et que leur concentration augmente à mesure que l'on monte dans la chaine alimentaire : l'homme étant en tout état de cause l'animal le plus pollué aux perfluorocarbures.






Dans une deuxième étude parue en 2016 et intitulée."Leaving traces" Greenpeace a analysé 40 produits outdoors déperlants issues des principales marques de sport du marché. Résultat : 90 % des produits en contenaient dont 18 contenaient des PFC à chaines longues.


Aux traditionnelles vestes déperlantes, il faut en effet ajouter tous les équipements ayant besoin de résister à la pluie : chaussures, pantalon technique, gants, toile de tente et tarp, sac à dos.. Pour mesurer l'impact exact des fabricants de vêtements de sport dans la pollution aux PFOA, l'ONG s'est appuyée sur une étude danoise. Au total, 50% de la pollution mondiale aux perfluorocarbures viendrait de la seule industrie sportive. Une ironie du sort quand on pense que ce sont ceux là même qui nous vendent la nature, qui la polluent.


Les PFC ? Des perturbateurs endocriniens-neurologiques-métaboliques


Difficile d'essayer de dire en une seule phrase tous les effets néfastes des PFC sur la santé. Ils agissent comme perturbateur hormonal où ils viennent perturber la fertilité des poissons, des grands mammifères et ont certainement également une belle part de la chute de la fertilité humaine. Ils s'accumulent au niveau du sang, du foie, des reins et viennent perturber le bon fonctionnement de l'organisme. Ce sont aussi des perturbateurs neurologiques aux effets assez méconnus. Le PFOA est reconnu potentiellement cancérigènes, quant aux perfluorocarbures à chaines courtes, il y a un défaut d'études sur le sujet, qui laissent cependant penser qu'ils ne seraient pas bons non plus pour notre santé.


Maintenant, si vous avez des vêtements déperlants, vous vous trouvez peut être anxieux, rassurez vous, après un premier lavage ces composés ne sont plus présents qu'à l'état de traces . Le problème n'est plus directement dans le vêtement, il est dans l'eau de lavage et toute la planète qui s'en trouve polluée car nous ne savons pas filtrer ces molécules. Le problème est dans la disparition prématurée des espèces, il est dans la brioche que vous mangez qui a absorbé les composés perfluorurés par la pluie ou par les nappes, il est dans la maladie de l'ouvrier et des habitants qui vivent à proximité des usines (souvent des habitants du tiers monde, quoi qu'aux USA des habitants vivant proche de l'usine Dupont aient réussi à la faire condamner à 345 millions de dédommagement et à stopper la pollution des eaux et des sols)


Quelques marques prêtes au changement, et l'insuffisance des engagements de Gore Tex


Il convient de faire la différence entre les marques qui fabriquent les vêtements et équipements sportifs, et les marques qui fabriquent les membranes respirantes et imperméables. Ces membranes se retrouvent le plus souvent entre la couche intérieure et la couche extérieure du vêtement et contiennent les fameux PCF. La membrane la plus prestigieuse, et réputée la plus performante du marché, est celle de la marque Gore Tex.


A cette membrane, les fabricants de vêtements ajoutent également un traitement déperlant en pulvérisation externe sur les vêtements, les chaussures, et les tentes, qui contient également des PCF, ainsi que parfois d'autres composés toxiques.






Suite aux études de Greenpeace, l'ONG a interpellé les grandes enseignes pour les inviter à trouver des alternatives à ces molécules efficaces, mais dangereusement polluants. Certaines marques parmi lesquelles Vaude, Rotauf et Paramo ont pris des engagements immédiats.


Elle a aussi sollicité Gore Tex, l'entreprise de Bill Gore, le chimiste inventeur des perfluorocarbures adaptés aux vêtements. Gore Tex a pris l'engagement de remplacer les composés perfluorés à chaines longues par des composés perfluorés à chaines courtes à l'horizon 2023. Et il a d'ores et déjà inventé un nouveau narratif pour désigner les mauvais PFC : Les PFC - EC. C'est ainsi que certains produits Gore Tex affichent désormais l'étiquette "PFC-EC Free" ( sans PCF - EC). Nous pouvons applaudir la rapidité de réaction de Gore Tex, cependant cette approche constituant la seconde idée la plus facile à mettre en oeuvre n'est peut être pas la solution. Les composés PFC à chaines courtes étant beaucoup plus petits, ils sont encore plus volatiles (diffusables dans l'environnement). Il en faut beaucoup plus pour le même résultat, et les premières études laissent envisager qu'ils seraient également nuisibles.


Donc, il serait peut être temps de rechercher des technologies nouvelles plus proches de la nature ou pour lesquelles on soit assuré a minima, en amont, qu'elles ne soient pas dangereuses, plutôt que de s'en rendre compte après!


Les Solutions


Les solutions proposées ne sont peut être pas la panacée mais d'autres marques de membranes sont apparus sur le marché qui offrent différents compromis. J'ai choisi de vous les présenter en fonction du matériaux utilisé :





Les membranes en polyesther

Le polyesther est la matière principale de nos vêtements, il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil, l'innovation consiste simplement en le tressage broussailleux de cette matière qui est différent :


La membrane allemande Sympatex (utilisé par Rotauf, Vaude et Lagoped

La membrane Ceplex Green version polyesther (utilisé par Vaude)

La membrane Eco Shell (utilisé par Fjällräven)


Les membranes en polyuréthane

Le polyuréthane dégage une certaine forme de pollution lors de la fabrication, mais qui est moindre que celle des PFC et n'a pas son pouvoir de pollution environnementale.


La membrane Ceplex Green version polyuréthane (utilisé par Vaude)

La membrane Toray (utilisé par Bergans of Norway, Peak Performance)

La membrane Texapore (utilisé par Jack Wolfskin)


La marque Jackybeng vend des vêtements de ski sans membranes en proposant des vestes en coton tissé très très serré, revouvert d'un simple traitement déperlant sans PFC.


Du côté des sprays déperlant :

Les sprays déperlants sont utilisés non seulement sur les membranes mais aussi à l'extérieur des vêtements. Il ne faut pas confondre déperlance et imperméabilité (un traitement déperlant en spray ne protège pas d'une grosse pluie et ne remplace pas une membrane)


Le plus utilisé est le traitement Bionic Finish® Eco à base de polymères sans fluorures.


En France, on trouve la finition Teflon EcoLite, qui un est le premier répulsif contre l'eau et l'huile fait sans fluorures et dont la matière première serait des plantes. Lafuma se rejouit de l'utiliser pour la déperlance de ses vêtements sportifs. Seul bémols, le nom de la marque qui le propose : "Teflon" (donc historiquement engagé dans les PFC) et l'impossibilité d'avoir accès à la composition. Or le fait qu'il y est des plantes à l'intérieur ne signifie pas qu'il n'y a pas aussi du formaldéhyde et d'autres agents courants tout aussi dangereux que les PFC!

Chez Forclaz on propose également des traitements déperlants sans PFC (à ne pas confondre avec les membranes sans PFC)



Une dernière petite chose


Maintenant que faire si mon magasin de sport ne proposent pas de membranes imperméables sans PFC dans ses équipements de ski et de trek ? Et bien imprimez l'article très complet que vous trouverez ci-dessous et demandez leur s'ils peuvent commander quelques articles sans PFC. Cela finira par se savoir et par faire boule de neige.


Et n'hésitez pas à partager à vos amis qui ne sont pas encore équipés pour les sports d'hiver et qui voudraient faire des choix éclairés !


C++



Sources et article très détaillé de Pierre Barbez :

https://www.lagreensession.com/pfc-pourquoi-nos-vestes-de-ski-contaminent-la-planete/


Les études de Greenpeace :


Rapport Footprint in the snow
.pdf
PDF • 9.77MB
Rapport Leaving traces
.pdf
PDF • 1.94MB

la campagne de Greenpeace :

https://detox-outdoor.org/


Plus de données et de chiffres sur les PFC :

Etudes sur les risques liés au PFOS (une
.
• 1.25MB




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